La vision des êtres humains de la Psychologie Humaniste
La psychologie humaniste pense les êtres humains comme fondamentalement bienveillants
et prêts à être au service des autres.
Carl Rogers, l’un des psychologues phare de la psychologie humaniste, écrit, en 1957, un article intitulé « Quelques mots sur la nature humaine » où il y développe sa vision des êtres humains par rapport à celle de Freud. Il dit » J’ai peu d’affinité avec l’idée, assez répandue aujourd’hui, qui veut que l’homme soit foncièrement irrationnel et que ses instincts, à défaut d’être maîtrisés, le conduisent à sa propre destruction et à celle des autres. » et également » Mon expérience ne me convainc en rien que la libération des forces les plus profondes de l’homme déchaînerait par le monde un çà aussi incontrôlable et destructeur. […] En ce qui me concerne, je vois en l’homme une créature d’une admirable complexité, qui parfois tourne terriblement mal, mais dont les pulsions les plus profondes vont dans le sens du progrès, du sien comme de celui de ces congénères. »
Quand je relis ces mots, je vois à quel point, ces visions si opposées des êtres humains influence notre manière d’être en tant que thérapeutes. D’un côté, il y a la nécessité de contrôler, d’éduquer ces êtres humains pour les amener à dompter leurs pulsions pratiquement maléfiques et de l’autre, c’est plutôt, de la responsabilité du thérapeute de créer une atmosphère confiante, bienveillante qui va permettre à la personne de trouver son propre chemin. Cette dernière vision, celle de la psychologie humaniste, pose une confiance fondamentale en l’être humain. Dans les bonnes conditions, chacun révèle, exprimer sa nature bienveillante.
La différence avec la psychologie Freudienne
Freud, au contraire, a une vision finalement profondément pessimiste et sévère des êtres humains, qui tranche profondément avec cette vision de la psychologie humaniste.
Ce qui fait dire à Théodore Roszak, le penseur de l’écopsychologie : « Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est cet autoritarisme inhérent à la psychologie freudienne qui plait à ces adeptes. Ce serait plutôt sa sévérité répressive et son gout du tragique et du fatal qui confère à la psychanalyse un air d’authenticité et de sérieux. Ce sont ces qualités qui font écho à notre sens profond de la chute originelle de l’homme. »
Les trois attitudes
Aussi, Carl Rogers, conduit chaque thérapeute à s’interroger sur sa vision fondamentale du genre humain, pour se rendre compte à quel point cela peut influencer sa propre pratique avec les personnes qu’il reçoit.
Et c’est clairement influencé lui-même par cette vision humaniste et grâce à son travail de recherches, Carl Rogers a développé les trois attitudes à cultiver par le thérapeute pour créer cette atmosphère propice non seulement à la guérison mais aussi au développement des personnes.
L’empathie
Pour moi, la première attitude, c’est l’empathie. C’est celle qui change profondément la relation entre le thérapeute et la personne reçue en séance. Elle crée directement, de manière palpable pour la personne dès la première séance, cette atmosphère d’accueil qui va permettre d’aller à la fois toucher les problèmes en profondeur et permettre le développement d’autre chose qui est désiré par la personne, trouver un autre chemin.
Pour Carl Rogers, l’empathie c’est la capacité à comprendre avec justesse et sensibilité les expériences et les sentiments de la personne et les significations qu’elles ont pour elle. Le thérapeute en mettant de côté son propre monde intérieur mets toute son attention à être disponible entièrement au monde intérieur, intime de la personne qu’il accompagne.
Le regard positif inconditionnel
Le thérapeute manifeste à la personne qu’il reçoit son intérêt profond et authentique. Il regarde la personne non pas comme quelqu’un de malade, ou qui a des problèmes, mais comme une personne qui est pourvue de potentialités constructives utiles pour son propre développement et pour celle de la société dans laquelle elle vit. Lorsque le thérapeute parvient à suspendre ses propres jugements, ses évaluations, ces propres sentiments à l’égard de ce qui est partagé par la personne, alors il manifeste un regard positif inconditionnel.
Ainsi, le thérapeute ne se drape pas dans sa position d’expert, de celui qui sait et qui analyse à la place de la personne mais au contraire s’efforce avec sensibilité et délicatesse de mettre toute son attention à comprendre, à se rendre disponible au monde de la personne qu’il reçoit. Et à lui communiquer cette intention.
La congruence
Pour réussir à manifester ces deux premières attitudes, le thérapeute est constamment en contact avec son propre monde intérieur et à l’écoute de la personne. Simutanément, il écoute ses propres jugements, sentiments, évaluations qui pourraient empêcher sa disponibilité au monde intérieur de la personne écoutée.
Parfois, il peut détecter qu’un mot, ou attitude déclenche chez lui une pensée qu’il n’arrive pas à mettre de côté. Dans ce cas, le thérapeute peut exprimer avec authenticité ce qui le traverse à ce moment là à la personne, c’est la congruence. Cela renforce ce lien authentique entre thérapeute et la personne reçue en entretien, le thérapeute en se permettant d’être authentique avec la personne, plutôt que de rester dans une contenance personnelle, dans une façade « professionnelle », permet aussi à la personne de manifester cette authenticité envers lui.